Tunisie, fin juillet. Venus chercher le soleil et l’eau bleue d’une mer plus chaude qu’en face, nous partageons quelques jours les préoccupations des tunisiens.

A quelques jours du ramadan, les magasins sont mieux achalandés, et pourtant …

Au rayon boissons du supermarché local (et oui, Carrefour commence aussi à s’implanter en Tunisie), une étiquette indique pour la plupart des eaux et sodas : « pas plus de deux packs ». Interdit de se présenter à la caisse avec plus de deux packs de six bouteilles !

Le lendemain, les étiquettes sont toujours là, mais il n’y a plus d’eau. Et les rumeurs – dans un pays où l’on ne boit pas l’eau du robinet – d’aller bon train :

« Ce sont les travailleurs des usines de conditionnement qui sont en grève … ». Et il y aura toujours quelqu’un pour dire, encore à voix basse : « c’est vrai qu’avec Ben Ali, on n’avait pas ces problèmes ! »

« C’est la faute des lybiens ! ». L’argument est plus sérieux. Effectivement, on peut croiser ou doubler, sur l’autoroute qui descend à partir de Tunis vers la frontière lybienne, des camions lourdement chargés de victuailles. Le marché noir s’est institué et les lybiens argentés achètent à prix d’or la nourriture qui leur fait aujourd’hui défaut, même si le gouvernement cherche à limiter cette évasion des produits de première nécessité qui désorganise l’économie tunisienne.

Et chacun de chercher et stocker les bouteilles d’eau qui pourraient complètement faire défaut : on retrouve avec plaisir le petit épicier qui avait sagement provisionné les quelques bouteilles qu’il savait nécessaires à ses clients habituels. Mais le voilà vite dévalisé…

 Que nous soyons quelques uns à marteler le fait que l’eau, vitale pour l’homme, est un bien public, trouve dans cet exemple sa pleine expression. Il n’y a pas que l’eau qui doive appartenir à tous, mais aussi sa distribution qui doit être maîtrisée par la puissance publique. Quand on confie au marché la logique d’approvisionnement, il délaisse les usagers et se tourne vers les clients les plus offrants.

Réjouissons-nous qu’enfin l’ONU ait déclaré cette année droit humain, l’accès à l’eau pour tous. Mais faisons en sorte de le rendre effectif !