L'eau ne coule jamais deux fois sous le même pont, et l'occasion était belle de réunir ce soir de novembre 2004 Francis Wurtz communiste, Gilles Lemaire écologiste, Jean-Luc Mélenchon socialiste venant à Limeil-Brévannes exprimer, chacun avec leur sensibilité, leur opposition au Traité Constitutionnel Européen. Le casting ne sera d'ailleurs pas renouvelé : le premier secrétaire général des Verts sera remplacé dans son parti par un autre secrétaire favorable au traité.

C'est dans les luttes que se créent les solidarités. La gauche du non identifiée au référendum des élections européennes a depuis, au cours d'autres combats, montré notre détermination à exprimer une sensibilité de gauche anti-libérale qu'il faut aujourd'hui traduire dans le champ politique.

L'occasion de se rassembler est historique, avec la crainte du vote utile dès le premier tour de l'élection présidentielle, et pour les candidats qui auront obtenu les 500 signatures nécessaires pour concourir, la crainte de ne pas atteindre un score honorable.

Ne pas s'allier aujourd'hui pour présenter un candidat unique, c'est porter la lourde responsabilité d'un bipartisme à l'anglo-saxonne.

Certains considérent que l'effondrement des partis à gauche du PS est nécessaire pour faire du neuf et qu'il convient de conscientiser les masses. Mais il n'y aura plus d'issue pour un hypothétique président de gauche, privé des forces anti-libérales, que rechercher au centre cette troisième gauche pour gouverner. Que les banlieues ne votent plus n'affectera pas cette nouvelle classe politique dominante.

A quoi bon se retrouver dans les combats, contre le TCE, contre le CPE, pour les régularisations, contre les privatisations, pour une autre Europe et contre la mondialisation libérale, si nous ne parvenons pas à traduire l'aspiration du peuple de gauche !

Si l'idée d'une candidature unique tarde tant à se concrétiser, c'est que chacun sent bien que la société a évolué et que les partis ont de plus en plus de mal dans leurs rangs à parler d'un même sujet d'une même voix. La recomposition politique n'est pour autant pas évoquée. Trop s'intéressent uniquement à la forme. « C'est la structure des partis qui est dépassée » entend-on souvent, et de privilégier d'autres lieux de débat, négligeant la réflexion globale.

Je crois à un parti du développement durable, portant un même projet politique élaboré par les communistes pour lui assurer sa fibre sociale, des écologistes pour lui garantir sa dimension environnementale, des socialistes accréditant sa faisabilité économique, et tant de militants déçus ou peu attirés par tel ou tel parti traditionnel.

Ce qui impose bien sûr un pas vers l'autre. Mais nous faisons tant de pas dans la rue les uns à côté des autres.