Devoir de solidarité... et de sincérité !
Par Joseph Rossignol, vendredi 13 octobre 2006
Les réactions que suscite ma prise de position sur le squat de Cachan sont vives et prouvent, s'il en était besoin, que de vrais débats sur le logement et l'immigration sont nécessaires en France.
Ce combat, que j'estime nécessaire et juste, est partagé par de nombreux citoyens à Limeil. Je tiens tout d'abord à remercier toutes celles et tous ceux qui, sur ce blog comme ailleurs, m'expriment leur soutien et qui ont accompagné les expulsés de Cachan pendant les semaines passées dans le gymnase. Je tiens cependant à préciser que ce combat n'est pas terminé, loin de là, et qu'il convient de rester vigilant sur les suites que le ministère de l'intérieur donnera aux promesses qu'il a faites.
Ne soyons pas défaitistes mais ne crions pas non plus victoire trop tôt, les pouvoirs publics savent en effet laisser ce type de situation s'éterniser jusqu'à ce qu'elles soient oubliées.
Je tiens maintenant à répondre à certaines interpellations, parfois particulièrement virulentes, qui ont été laissées sur ce blog.
Nombre d'entre vous soulèvent des interrogations sur le droit et la légalité de mon action, certains étant allés jusqu'à parler de dictature. Je n'ai a aucun moment été dans l'illégalité, soyez rassurés. L'arrêté que j'ai pris pour obtenir la réquisition du CEA est clairement encadré par des textes, et c'est d'ailleurs Jacques Chirac, à l'époque maire de Paris, qui avait réactivé cette loi en décembre 1994 pour résoudre la crise de la rue du Dragon. Je ne suis donc pas, en tant qu'élu, sorti de mon rôle et ai respecté mes devoirs.
Les expulsés de Cachan comptent environ la moitié de sans-papiers. Certains me reprochent d'avoir apporté mon soutien à ces personnes qui résident illégalement sur le territoire. La loi française condamne d'ailleurs depuis longtemps ce qu'il est convenu d'appeler le délit de solidarité. Ainsi, « l'aide à l'entrée, à la circulation et au séjour d'un étranger en situation irrégulière » est considéré comme un délit et des textes de lois, votés sous la droite ou sous la gauche, insistent régulièrement sur ce point (le dernier en date étant la réforme de 2003). Mais si la solidarité est un délit, je veux être poursuivi pour ce délit. Je soutiens et salue depuis longtemps le travail remarquable que mènent les mouvements de lutte pour les sans-papiers et notamment le Réseau Education Sans Frontières, récemment constitué autour de la question des enfants scolarisés sans-papiers. Mais pour ces organisations, l'un des moyens essentiel d'action est la désobéissance civile. Je finirai sur ce point en vous invitant à rejoindre les quelques 120.000 signataires de la pétition lancée par le Réseau intitulée « nous les prenons sous notre protection » en vous rendant sur le site www.educationsansfrontieres.org ; car aujourd'hui comme à d'autres époques, nous sommes nombreux à considérer que le devoir de solidarité doit primer sur celui de respect de la loi lorsqu'elle s'en écarte...
Un autre aspect que vous avez régulièrement abordé est le rôle de l'élu, l'engagement et le rapport au mandat. Si l'exécutif municipal n'est pas constitué de fonctionnaires, c'est que l'article 72 de la Constitution, affirmant les libertés des collectivités territoriales, institue un pouvoir indépendant de l'Etat et qu'il appartient à l'élu sous peine de le voir un jour disparaître. On élit une équipe municipale sur sa capacité à gérer, mais aussi à agir en fonction de ses sensibilités politiques.
Enfin, il me faut réaffirmer ici que les impôts locaux, depuis le début de mon deuxième mandat, ont légèrement diminué et que la dette est stable depuis 1998 autour de 26.000.000 euros. Les informations sur les finances de la ville sont tout à fait publiques, il convient donc de ne pas jeter des affirmations fantaisistes ; soyons sincères et précis, le débat politique y gagnera en crédibilité !
Ajoutons également que chacun peut signer ses commentaires en utilisant toujours le même pseudo, par soucis d'honnêteté...
A ce propos, je tenais à rétablir une vérité, puisque les Maliens d'Emile Roux sont arrivés sur notre commune en 92, soit trois ans avant que je devienne Maire. Pour autant, notre équipe les a pris en charge dès son arrivée et a résolu en l'espace de trois ans toutes les situations individuelles.
Je conclurai ce billet en rassurant l'un de mes contradicteurs. Il appelle de ses voeux « un maire qui milite et qui se batte pour notre commune ». Au grand désarroi de certains, c'est le cas à Limeil-Brévannes : ne faisant pas l'impasse sur mes convictions, je suis un maire qui milite et qui se bat pour notre commune... à gauche et sans compromission !


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