Je ne suis pas un néocommunautariste de gauche.
Par Joseph Rossignol, jeudi 28 décembre 2006
(En réponse à Bernard TEPER, président de l'Union des Familles Laïques et membre fondateur d'ATTAC)
Dans le journal de l'UFAL, Bernard Teper constate une dérive d'ATTAC et deux conceptions de l'altermondialisme. Mais dans son riche (20 pages) et ses très intéressants propos, il oppose les républicains aux "néocommunautaristes" de gauche.
Mon cher Bernard,
J'ai apprécié en grande partie ton analyse de la société et l'aspiration à une véritable république laïque et sociale. Le propos est suffisamment riche pour que je me permette de te faire part de quelques points de désaccord. Car, comme tu l'écris, "Aucune question, qui traverse le peuple, ne doit faire l'objet d'un débat interdit".
Tu t'en prends aux "néocommunautaristes de gauche", "voilà une frange minoritaire de l'altermondialisme qui refuse le primat de l'égalité et de l'émancipation citoyennes en enfermant chaque citoyen, y compris dans la sphère publique, dans sa communauté religieuse, ethnique ou de descendant de colonisés."
Et plus loin :
"Pour certaines franges du mouvement altermondialiste, la lutte des classes a laissé la place à un combat en trompe l'œil où les jeunes filles à qui il est demandé de retirer leur voile à l'entrée de l'école, les jeunes désaffiliés des violences urbaines de l'automne 2005, les militants ethnorégionalistes, les sans-papiers, sont les symboles et les enjeux d'une nouvelle lutte pour la justice, celle pour le droit à la différence. Ils placent la reconnaissance des identités religieuses, culturelles et ethniques comme une nouvelle étape dans la construction du droit."
Ce n'est pas tant la loi dite "sur le voile" qui me dérange que les conditions dans lesquelles elle a été votée. Faut-il le rappeler, la Commission Stasi proposait que les signes religieux et politiques soient interdits dans les établissements d'enseignement.
L'école aura bientôt le statut de l'entreprise, niant le citoyen.
Refuser en même temps le politique et le religieux, nier le droit d'expression, voilà une éducation bien pratique pour une société conservatrice.
Je rejoins ta crainte d'une société basée sur les reconnaissances identitaires niant notre conception de la République laïque. Mais ne pas en reconnaître les faiblesses, ce n'est pas la défendre.
C'est en favorisant le travail entre les communautés religieuses que mon combat laïque a été le plus profitable. Ce sont les communautés religieuses qui m'ont demandé de supprimer la traditionnelle messe du 11 novembre par une réunion en mairie où toutes les confessions et les laïcs s'expriment tour à tour. C'est avec cette même association intercommunautaire que, moi l'agnostique, j'ai les débats publics les plus riches sur la laïcité et sur nos institutions républicaines
Pourquoi opposer le combat social et les combats que peuvent mener certaines communautés, qui n'aspirent qu'à vivre comme tout le monde en se réunissant selon leurs coutumes comme tout le monde, comme les auvergnats ou les bretons se réunissent à Paris.
Il ne faut pas craindre en France que des responsables d'église aillent se mêler d'actions publiques, c'est leur propre communauté dans leur grande majorité qui rejettera leur prise de position : le succès récent du téléthon, malgré l'appel au boycott de religieux catholiques, en est un exemple.
Comment une République solidaire peut-elle admettre que des personnes vivent sans papier et exploitées en France ? Elles ne réclament pas un droit à la différence, au contraire : parce qu'elles travaillent déjà, elles souhaitent être salariés et payer les charges sociales comme les autres.
Défendre les enfants des colonisés, ce n'est pas nier les autres détresses, mais nous renvoyer à notre passé et à la mémoire qui fait les nations. J'ai été fier qu'une gerbe soit déposée le 11 novembre dernier à Limeil par Fidel, le représentant des sans-papiers de Cachan, pour ses parents anciens combattants pour la France.
Ce n'est pas rejeter le système républicain, mais bien le souhaiter plus social, que de constater que la République française "relègue les populations de banlieue aux marges de la société".
C'est parce que la laïcité n'est pas une communauté opposée à d'autres que la République doit laisser à chacun sa liberté de conscience. C'est cette République laïque, sociale et solidaire que j'appelle aussi de mes vœux, en citoyen actif et sans oeillères.


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