Assurance Maladie, une assurance pas comme les autres.
Par Joseph Rossignol, mercredi 23 mai 2007
Le gouvernement d'ouverture (peut-être aurais-je dit d'opportunisme) choisi par M. Sarkozy aurait-il quelque part conservé une once de conscience ? Il semblerait qu'il faille répondre par la positive à cette question, tout du moins à propos du Haut-commissaire Hirsch. Ouf ! Martin Hirsch, homme estimé de gauche, président jusqu'à sa nouvelle promotion d'Emmaus France, a fait savoir publiquement sa position sur la question de franchise, sujet sur lequel je comptais justement chroniquer ici même.
« La réponse est non » La franchise est l’une des trois propositions clés de l’UMP du volet financement de son programme santé. Pour l’expliquer, le nouveau Président fait remarquer qu’il n’existe aucune assurance pour laquelle il n’y ait pas de franchise ; alors pourquoi ne pas appliquer ce type de mesure à l’assurance maladie ? C’est vrai, il faut responsabiliser les consommateurs et puis, comme se plait à le rappeler notre nouveau président, si les français sont capables de dépenser 20 ou 30€ dans un téléphone portable, pourquoi ne pourraient ils pas faire de même pour se soigner ? Mais revenons à Martin Hirsch. Lui qui est chargé des solidarités actives contre la pauvreté (c’est l’intitulé exact de son titre) était l’invité de France Inter. Interrogé par un auditeur sur la franchise, il a tout naturellement répondu « Est-ce que j'approuverai cette mesure ? La réponse est "non" ». Mais comment imaginer qu’il aurait pu en être autrement ?
En 2004, une « réforme miracle » a instauré les 1€ non remboursables (et le forfait de 18 euros sur les actes supérieurs à 91€), pour que chacun participe à l’effort de lutte contre le déficit de l’assurance maladie. Ensuite, ça a été le déremboursement de certains médicaments, jugés trop peu efficaces. La franchise s’inscrit dans la lignée de ces mesures qui rendent la santé payante. Mais quand les fins de mois sont difficiles, les dépenses de santé sont souvent les premières sacrifiées. Alors est-ce responsabiliser les patients que de les inciter à attendre, à repousser une consultation ?
Cette logique, c’est ce que M. Sarkozy appelle égalité. Mais nous ne mettons pas le même sens derrière ce mot. Pour lui, c’est l’égalité de traitement : tout le monde au même régime, quelles que soient les situations sociales. Le principe d’une imposition progressive et proportionnelle, par exemple ne lui parle pas. Quand il s’agit de réformer les droits de succession c’est le même discours pour le même résultat. Et pour l’impôt sur le revenu et l’instauration d’un bouclier fiscal ? On reste dans le même schéma. Ces économies seront sans conséquence pour les familles aisées, qui ont les moyens de prendre une mutuelle et qui n’hésitent pas avant de consulter, il n’y a pas de risques à ce faire à ce sujet. En revanche, pour celles et ceux qui ne sont pas imposables, il n’en ira pas de même.
Et maintenant ? Après une clarification de Mme Roselyne Bachelot, nouvelle Ministre de la santé, M. Hirsch s’est dit rassuré, la franchise devant faire l’objet d’une exonération pour les revenus les plus bas. Pourtant de nombreux doutent subsistent et il conviendra de rester très vigilant. Mais je pense que sur ce point nous pouvons faire confiance à M. Bernard Kouchner, lui aussi devenu Ministre, qui, le 12 avril, lors du point de presse quotidien du PS (dont il était à l’époque encore membre), s'était opposé à la franchise, une proposition "hypocrite" et très mauvaise"… soyons rassurés !



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